Bernhoft, alias Jarle Bernhoft

10 février 2011

Il y a des chansons dotées d’une vérité émotive qui transcende toutes les évaluations arbitraires et prétendument objectives que l’on relève souvent sous la plume de certains critiques musicaux.

Certes, il est encore permis de débattre sur les endroits où la musique conviendrait le mieux (dans quel chart, dans quelle radio, dans quel bac, dans quel magasin de disques, dans quelle salle de concert ?) ; on peut aussi se demander si certains chanteurs sont (ou ne sont pas) les dignes représentants de telle ou telle tradition musicale, ou s’ils n’auraient pas plutôt usurpé quelque chose qui aurait dû rester le patrimoine culturel des Afro-américains, comme par exemple dans le cas de Kultiration, ce superbe groupe suédois qui s’adonne au reggae avec un brio époustouflant. Or quand il s’agit des effets que la musique peut provoquer sur les âmes, là il n’y a plus de débat qui tienne… et ce n’est peut-être pas si mal (“Les sensations faisant le fond de mon affaire, je crois être impénétrable” disait Paul Cézanne).

J’ai une angoisse des décibels et horreur des étiquettes en matière de musique, raison pour laquelle j’en écoute peu. Il se fait tant de choses si différentes de par le monde qu’au final c’est le même constat, autrement dit la musique, qui triomphe et ravit les coeurs.

Je m’étais demandé s’il existait une tradition de soul music en Norvège… S’il y avait quelqu’un pour incarner cette belle tradition dans l’âme ? Aussi se trouve-t-il un artiste qui ne manquera  pas d’en surprendre plus d’un. Bernhoft, alias Jarle Bernhoft, est un auteur-compositeur-interprète norvégien qui mériterait d’avoir une plus grande audience en France. Un type capable d’attiser des émotions au plus profond de l’âme humaine. Certaines de ses performances me donnent des frissons !

Doté d’une voix profonde et d’un phrasé dynamique, Bernhoft est un talent que je rapprocherais volontiers de Isaac Hayes et de Barry Gibb. Le ton qui structure ses morceaux est purement d’inspiration américaine, avec un enthousiasme marqué pour les artistes de la Motown et de la Stax Records.

Bernhoft n’a pas toujours été seul sur scène. Avant d’entamer sa carrière solo, il était le leader vocal d’un quatuor rock norvégien, du nom de Span. Les membres du groupe s’étant séparés en 2005 en raison de quelques divergences musicales, il n’est pas étonnant que Bernhoft ait trouvé la solution… Tout faire tout seul : jouer, lui-même, de tous les instruments. Imaginez quelqu’un capable de jouer indistinctement du tuba, de la clarinette, de la guitare, de la basse, de la batterie, des claviers, et de produire de légers balayages aux percussions tout en actionnant, avec un tintement de douceur, la pédale d’un sampler à un point culminant d’une chanson !

En Septembre 2008, il sort son premier disque solo : “Ceramic City Chronicles”, un concept-album mi soul mi funk qui évoque sa relation intime à Oslo, sa ville, à laquelle il rend un hommage aussi fort que délicat (un amour ambivalent, mais sans équivoque). Il y démontre ses talents de poly-instrumentiste, oscillant entre soul et funk avec une aisance insolente. Une gamme vocale apparemment illimitée, qui rassemble toutes les ficelles de son art afin que ses chansons se dévoilent tour à tour comme le parfait véhicule d’une voix incroyable.

En Janvier 2010, Bernhoft réapparaît avec un double album live intitulé “1: Man 2: Band”. Le premier volet contient l’enregistrement d’un concert solo qu’il avait donné à Kampen Bistro (à Oslo), tandis que le second contient les plus belles scènes de deux concerts (où il était accompagné d’un groupe cette fois-ci), tous deux tenus à la Fondation Rockefeller et au Molde Jazz Festival. Les mélodies les plus poignantes de ce double album reposent sur de puissants efforts vocaux, nourris par de très hauts niveaux sonores qui n’hésitent pas à s’émanciper sur des airs irrésistiblement plus funky.

Le mois dernier, Jarle Bernhoft a rendu public son second album studio, “Solidarity Breaks”, en coïncidence avec une tournée en Scandinavie pour en assurer la promotion. Sur celui-ci, il s’est adjoint les services d’un groupe de musiciens et de quelques collaborateurs pour jouer et produire la plupart de ses morceaux. Le résultat est beaucoup plus varié que le premier, curieusement, mais encore faut-il l’écouter en live pour pouvoir l’apprécier à sa juste mesure, si bien que je vous recommande fortement d’aller le voir en concert si l’occasion devait se présenter.

Le principal instrument de Jarle Bernhoft est en fait sa voix : l’homme chante avec une âme infaillible (j’ai songé, par moments, à Gnarls Barkley). C’est ce qui rend son style assez difficile à cerner – disons qu’il occupe sa propre catégorie. Chanteur de soul norvégien avant tout, sa voix acérée frappe droit au coeur : riche, émotionnelle et colorée, parfois teintée d’une douleur inapaisée (des nuances sombres qui trouveraient presque leur origine dans l’attraction gravitationnelle de la lune). Il n’y a peut-être pas de voix plus irrésistiblement sexy que celle qui se voit placée sous le commandement de l’émotion brute et de la passion éternelle. Une vraie découverte…

12 Réponses à “Bernhoft, alias Jarle Bernhoft”

  1. Anonyme dit :

    Découvert il y a quelques mois, je trouve sa voix et son travail fabuleux et “Solidarity Breaks” est un album complet qui me ravit à chaque écoute!
    A découvrir aussi les performances Live de Jarle avec sa pédale sampler : elles sont simplement bluffantes…
    J’aime et c’est toujours agréable de voir que tu as chroniqué cet artiste complétement (ou presque) inconnu dans l’hexagone…
    “Je m’étais demandé s’il existait une tradition de soul music en Norvège…” postulat de base assez étonnant car je ne connais rien de toi mais ça m’a fait marrer!
    Bonne continuation!

  2. Anonyme dit :

    je viens de le voir dans l’émission one shot not,
    la musique soul funk comment je l’aime excellente

  3. Anonyme dit :

    Bjr,

    j’ai decouvert le prodige au one shot de manukatshe, j’attend sa venu en france pour un concert avec febrilite, suis etonnee qu’il ne soit pas encore invite sur le grand journale, l’artiste en vos vraiment la peine , par contre trouve pas d’album en distribution !!!!

  4. Liten blomma dit :

    Bonjour,

    “Ceramik City Chronicles” est édité par Universal, donc je pense que vous n’aurez aucun problème pour le trouver chez un disquaire, en particulier à la Fnac (si vous vivez en France).

    S’agissant des autres disques de Bernhoft, je les ai achetés en Norvège. Le seul conseil que je puisse vous donner, c’est de consulter régulièrement les sites marchands pour voir si quelques exemplaires d’occasion sont mis en vente (parfois proposés à des prix modiques).

    Je ne connais pas les émissions que vous mentionnez, mais allez-le voir en concert, oui : ne le manquez surtout pas, il est absolument incroyable sur scène. Dommage que ce garçon si talentueux ait prit la grosse tête et fasse désormais preuve de peu d’humilité, car je n’aimerais pas que son inspiration trouve à en pâtir avec le temps.

    Bon concert à vous.

  5. Anonyme dit :

    découvert hier soir en première partie de Ben l’oncle soul a DIjon, et franchement, quelle claque.. il a fait dansé et lever le zénith tout seul avec ses deux grattes séches et son sampleur… grosse grosse impresion.

    du coup Ben nous a semblé bien fadasse après tout ça…

  6. Martinet dit :

    Pareil, découverte incroyable en 1ère partie de Ben l’oncle Soul, je surveille le net pour pouvoir acheter ses albums…
    D’ailleurs! Désormais indisponible sur deezer, je cherche ce fameux double album 1:Man 2:Band et ne le trouve nulle part.
    Si vous avez une astuce, je suis preneuse! :)

  7. Liten blomma dit :

    La seule astuce que je puisse vous donner va sans doute vous paraître étonnante mais c’est pourtant la plus simple et même la plus logique : c’est de vous renseigner auprès de votre entourage pour savoir qui, dans vos amis ou amis de vos amis, ou bien collègues de travail, etc., serait susceptible de partir en Norvège ou en Suède pour passer quelques jours de vacances. Demandez-lui alors de vous ramener ce live de Bernhoft qui, en Scandinavie, se déniche sans grande difficulté.

    Ne jamais perdre de vue que Bernhoft est norvégien ;-)

  8. Martinet dit :

    J’vais scruter les destinations de mes potes alors!
    Merci! :)

  9. Liten blomma dit :

    Tout le plaisir est pour moi !
    Je vous tiendrai au courant si je vois quelque chose ;-)

  10. marlene dit :

    Bernhoft en concert au festival Papillons de Nuit dans la Manche. Le 26 mai..

  11. Liten blomma dit :

    Merci pour l’info Marlene !


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