Un ours en plus

11 mars 2011

L’humour venu du froid… avec un drôle de roman, “Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen”. Arto Paasilinna, son auteur, est un des écrivains les plus populaires de Finlande. Son style, léger, limpide et reconnaissable entre tous, met en scène des personnages attachants, embarqués dans des situations osées voire scandaleuses, le plus souvent pour aiguiser une sévère critique de la société moderne, notamment sa bureaucratie et ses traditions moralement établies.

Alors qu’il s’apprête à fêter son cinquantième anniversaire, le pasteur Oskari Huuskonen, doyen de sa circonscription, traverse une étrange crise : sa foi prend du plomb dans l’aile, il s’égare du dogme, son épouse le trouve détestable et, horresco referens, voilà que ses paroissiens lui offrent, pour son anniversaire, un petit ours orphelin dont ils ne savent que faire : une brave bête “diablement” surnommée Belzeb (“Perhana” en finnois) et avec lequel le pasteur va se lier d’amitié.

Dès lors, toute sa vie bascule. Plus personne ne cache son hostilité, ni les villageois qui apprécient très moyennement ses prêches enflammés et sulfureux, ni sa femme qui supporte mal la présence d’un ours à la maison et qui voit d’un bien mauvais oeil l’arrivée d’une attrayante biologiste, venue étudier les comportements et les moeurs de la peluche. Consternée, celle-ci exige le divorce. L’évêque demande à ce doux-dingue de pasteur de prendre un congé prolongé dans l’espoir qu’il cessera, à son retour, d’embarrasser l’Eglise avec ses facéties.

Pour Huuskonen commence alors une nouvelle vie, on ne peut plus rocambolesque ! De nombreuses étapes à travers l’Europe, une véritable aventure humaine qui les emmènera de l’Arctique à la Méditerranée en passant par la Mer Noire. Durant ce grand voyage, le pasteur enseignera à son compagnon toutes sortes d’astuces pour bien se tenir en société… L’ours apprend très vite, si vite qu’il sera bientôt incollable sur les rites des Eglises luthérienne et orthodoxe. Incroyable ! Même la scène de l’évêque, qui manque in extremis de mourir embroché par un javelot, est à mourir de rire. C’est vous dire !

Beaucoup d’humour dans ce roman d’Arto Paasilinna, mais aucune niaiserie. Il s’agit autant d’un pamphlet contre l’Église luthérienne (et les religions en général) qu’une réflexion sur le thème de la liberté et des relations entre l’homme et l’animal. Mais on peut également parcourir ces 307 pages comme un roman pédagogique, car l’auteur nous livre de nombreuses informations historiques et culturelles sur les lieux que traversent Oskari et son ours. Si vous aimez lire, vous éprouverez beaucoup de plaisir à suivre les aventures pleines de cocasserie de ce pasteur hors du commun. A condition de ne pas avoir l’esprit trop cartésien, cela va de soi.

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