Thor s’en va au Valhalla

24 mars 2011

Malgré les excellentes traductions de Régis Boyer, les écrivains islandais restent encore trop méconnus en France. Comparés à leurs homologues des autres pays nordiques (Finlande ou Suède), on leur reprocherait presque de ne pas être assez à la mode. Le grand poète Halldór Laxness, pourtant lauréat du prix Nobel en 1955, n’est pas aussi populaire qu’on le dit : les années passent et son nom tend de plus en plus à sombrer dans l’oubli. La faute revient aux lecteurs qui ne leur accordent que peu d’attention. C’est dire le dédain avec lequel les autres écrivains islandais sont traités – en attendant que le vent tourne…

Thor Vilhjálmsson, un des auteurs islandais contemporains les plus connus, est décédé il y a quelques jours à l’âge de 85 ans. Je m’attendais à ce qu’une certaine couverture médiatique s’en fasse l’écho, que des hommages pleuvent de partout, en particulier au “Salon du livre”, pourtant dédié cette année aux “Lettres nordiques”, mais rien de tout cela ne s’est produit. Les principaux quotidiens nationaux n’auront consacré que quelques lignes, très hâtives, à cette perte importante.

A l’automne 2005, le nom de Thor Vilhjálmsson figurait sur la liste des probables lauréats du prix Nobel. Une distinction qu’il ne remporta jamais, hélas. L’auteur faisait alors l’objet d’une sorte de promotion, mais sans réelle conviction : il est vrai que parler d’un livre de Vilhjálmsson n’est pas la tâche la plus facile. Son roman historique, “Comptine matinale dans les brins d’herbe”, publié la première fois en 1998, s’accorde sur un classique de la littérature islandaise du XIIIème siècle : “La Saga des Sturlungar”. Un texte portant toutes les marques par lesquelles Thor Vilhjálmsson a su se hisser à hauteur de ses propres pouvoirs de conteur. Sa maîtrise du style et sa puissance visuelle ont su fusionner à merveille avec ce passionnant récit centré sur l’histoire, la mémoire, la conscience des Islandais et leur obsession indéfectible au monde. Tout aussi saisissant, l’atmosphère du livre… Une intensité presque féroce s’en découvre. Une obscurité profonde, écrasante, que l’on rencontre rarement dans d’autres ouvrages de fiction. “Comptine matinale dans les brins d’herbe” est un grand livre dans lequel se fait ressentir le sentiment d’une force incommensurable, en même temps qu’une grandeur de stature, difficile à imaginer, et impossible à mettre en mots. Si bien qu’aimant l’auteur derrière l’oeuvre littéraire, comme un lecteur doté d’une sensibilité à peine compatible avec le style et la narration de Vilhjálmsson, l’on s’avoue vaincu devant tant d’attrait.

Espérons que dans les années à venir, malgré les temps sombres que nous traversons, la stature littéraire de Thor Vilhjálmsson et celles d’autres écrivains islandais, d’envergure aussi importante, bénéficieront d’une reconnaissance plus juste et plus étendue.

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