Plume et duvet du soleil levant
10 mai 2011
Si, dans les termes les plus élémentaires, un son est simplement une onde de pression qui ondule dans l’air, alors comment une combinaison d’ondes sonores peut-elle devenir, comme l’a écrit Tolstoï, “le raccourci de l’émotion” ? Il suffit que la musique devienne un rare instinct pour qu’aussitôt nous soyons prédisposés à faire du monde un lieu musical.
M’intéressant davantage aux choix des petits labels et aux artistes soucieux de préserver leur indépendance artistique (ceux-là mêmes qui refusent de s’aligner sur les schémas de produits marketing qui font autorité aujourd’hui), je me suis dit que certains lecteurs de ce blog pourraient être conquis par le talent de Maria Andersson et de son groupe, Feather and Down. J’ai pensé mettre sur pied un petit texte, il y a quelques jours, pour mieux faire connaître cette artiste suédoise que je trouve bigrement sympathique. Hélas, mon article s’est volatilisé dans les méandres de mon disque dur.
Maria Andersson est née dans une petite ville dans le sud de la Suède. Après avoir beaucoup bourlingué dans le monde, notamment à Macao où elle a travaillé comme chanteuse pour le célèbre “Cirque du Soleil” (dans le cadre du spectacle ZAIA), elle a décidé de revenir à Stockholm où elle vit désormais.
Ce qui est finalement devenu son groupe, Feather and Down (trad. “plume et duvet”), n’est au fond que le résultat d’un flot de contrastes qui aura coloré sa vie : à savoir le passage d’un un cirque en Asie à des projets musicaux à Stockholm. La gamme de ses expériences a produit un grand impact sur elle, en particulier sur la musique qu’elle écrit. De là est né un tout premier album, intitulé “The Bird’s Nest”, qui se compose de chansons écrites à la fois avant et après le séjour de Maria en Extrême-Orient. C’est son étroite collaboration avec Irma Records (en tant que chanteuse pour des producteurs japonais, sous son nom complet de Karin Maria Andersson) qui explique que son album voit le jour chez un label japonais, et pas européen.
La vidéo de “Piece of Flesh”, ci-dessous, a été tournée dans un studio de la rue Duvnäsgatan, à Södermalm (un quartier au sud de Stockholm). Pour les besoins du tournage, Maria Andersson a passé toute une journée allongée dans une baignoire remplie d’eau (on imagine combien sa peau fut toute ridée après la séance !). On remarquera le beau travail de Vilhelm Stokstad dans le registre de la photographie. “Piece of Flesh” est de loin l’un des meilleurs titres de l’album, celui que je préfère le plus.
Ma préférence va pour la voix, et les textes à fleur de peau… Chaque chanson est agréable à entendre, à la fois enjouée, légère, à l’image d’une bouffée d’air frais qui pénètre dans les oreilles comme une brise d’été, évoquant une à une des sentiments de saison tels que l’amour. La clé de tout cela tient peut-être à la manière avec laquelle Maria Andersson déploie son style : une consonance de cordes et d’un piano qu’accompagne une jolie brise vocale, délicate et toujours très rêveuse. Certains aimeront, d’autres pourraient ne pas aimer, qu’importe, il reste que les arrangements restent très professionnels et superbement bien réalisés. Maria Andersson a vraiment un don pour créer des mélodies accrocheuses, et laisse parfois entendre des influences venues tout droit de Vanessa Paradis, des Anglais de Ting Tings, ou des Japonais de Pizzicato Five.
Bref, c’est dire combien j’aime la nature discrète de ses performances – par là, je veux dire qu’elle ne verse nullement dans de ridicules vocalises comme en ont l’habitude tant de chanteurs de loisir du moment, ceux-là mêmes dont la tessiture vocale finit toujours par nous agacer à force d’acquérir la consistance de la barbe à papa (me laissant, pour ainsi dire, plus que des maux de tête : avec un terrible mal de ventre).
Ce qui la rattache à la pop anglaise, foncièrement, c’est cette tendance qu’elle a de varier le ton de son phrasé, ainsi que la longueur de ses voyelles (chose qu’on trouve rarement dans la chanson française), et son naturel à emboîter le pas dans les rythmes et les intervalles qu’elle utilise. C’est un probable fait de culture, que l’on accepte ou non (je n’ouvrirai pas ce débat), et auquel n’a pas échappé Maria Andersson. Après tout, n’est-elle citoyenne d’un pays où tout le monde a l’anglais pour seconde langue parlée ?
Pour finir, j’ajoute que Irma Records prévoit de sortir dans les prochains mois des remixes dépouillés (réalisés à Tokyo) ainsi que des versions acoustiques (à Stockholm) de trois de ses chansons. Maria Andersson travaille également sur une chanson spécialement dédiée aux victimes du tremblement de terre au Japon. N’hésitez pas à visiter son site, pour toute information, celui-ci est accessible en cliquant ici. Bonne écoute !


26 avril 2012 à 20:10
Entièrement d’accord avec cet article! Moi, je l’ai découverte dans un autre groupe vocal LITTLE GREEN, sans savoir que c’était elle. Maria en parle sur sa page FACEBOOK. On peut la comparer aussi à deux autres chanteuses scandinaves, je trouve : Rebekka Karijord et Ane Brun.
26 avril 2012 à 20:40
Bonsoir Philippe et un grand merci pour votre intervention. Je suis entièrement d’accord avec votre analyse et le parallèle que vous établissez, Maria a vraiment tout pour leur ressembler. Je ne la connais pas personnellement mais il y a quelque chose dans son travail et son approche de la musique qui me la rend très proche (j’espère qu’elle continuera le projet “Feather & Down”).
Ce fut également un plaisir de la voir (et l’entendre aussi, d’une certaine manière) en tant que choriste cette fois-ci dans “Sanningen” de Carolina Wallin Pérez, il y a quelques temps déjà : c’était à l’occasion du dernier Melodifestavalen – concours qui a pour but d’élire celle ou celui qui aura l’honneur de représenter la Suède en Mai à l’Eurovision (chanson hélas éliminée en demi-finale).
Je mets ici le lien Youtube renvoyant à “Sanningen” :