Eva vraiment dans l’mur ?

15 juillet 2011

Eh bien, quel tintamarre, quelle levée de bouclier pour une toute petite phrase…
Je n’entrerai pas dans la polémique du jour qu’a suscitée la dernière sortie médiatique d’Eva Joly, sinon pour préciser qu’en rendant publique cette proposition, elle ne souhaitait pas faire entendre à ses compatriotes français que l’abolition de la Fête nationale serait effective si le destin lui faisait, un jour, devenir présidente de la République : elle prônait, au contraire, une autre façon de la commémorer ! Mais qu’il est difficile de faire comprendre cette vision à des gens qui ne savent même plus faire la différence entre la “Prise de la Bastille” (14 Juillet 1789) et la “Fête de la Fédération” (14 Juillet 1790). De là à vitupérer avec une haine baveuse que cette femme ferait mieux de rentrer chez elle, en Norvège, au lieu de bafouer nos traditions et notre culture, il y a là une limite que la raison humaine, par décence, ne saurait franchir sans se contredire elle-même !

Plus intéressant…  Certains économistes de notre pays estiment le coût de la fraude fiscale en France à plus de 30 milliards d’euros (un chiffre approximativement confirmé par l’ex-ministre du budget, Eric Woerth, alors en charge). Or j’ai entendu François Hollande dire, aux informations de France 3, il y a quelques jours, que les Verts auront une place certaine au gouvernement si les Français lui donnaient mandat en 2012. J’imagine quel genre de garde des sceaux Eva Joly ferait : implacable face à la corruption qui gangrène le pays ! Eva Joly a encore beaucoup à apprendre, il est vrai, nul ne le conteste… Ne lui tenons pas rigueur de cette récente entrée en matière (quoique j’aurais préféré de sa part une meilleure élocution, pour ne pas dire une meilleure éloquence). Il n’en demeure pas moins que je me réjouis que cette nouvelle figure ait su émerger sur la scène politique française en moins de 3 ans. Personnellement, je préfère encore observer avant d’avoir à trancher le jour du scrutin (mon choix est loin d’être fait).

Ce n’est pas moi qui ira éluder cette triste réalité selon laquelle, après chaque élection du nouveau président de la République française, au moment de composer le gouvernement, des maroquins seraient distribués en qualité de muselière inavouée ou au seul principe d’arrangement entre bons amis (les exemples dans le passé ne manquent pas). Cela étant, je me refuse de participer au scepticisme ambiant, le vôtre, des autres, celui de tous. A quoi faudrait-il se résoudre en ces temps de discrédit de la politique ? Crier à l’incompétence, au “tous pourris”, et donner ainsi gain de cause à ceux-là mêmes qui revêtent crânement les habits de Saint-Just dans l’espoir de remporter la mise ? Roland Barthes tenait en horreur les politiques et leurs petites combines intestines, mais la chose politique lui tenait à coeur et cela : il le scandait. J’aurais aimé, en ces temps de questionnement énergétique et de “catastrophisme éclairée” (pour citer quelqu’un) que l’écologie politique fut autre chose que cette filiale à la solde de la maison-mère socialiste ; que l’on y cite davantage des André Gorz ou des Günther Anders au titre de références et de sources d’inspiration. Il y aurait tant à dire, tant de points à soulever et à mettre en lumière, mais pour l’essentiel je me refuse à brocarder Eva Joly comme certains le font incessamment (sa supposée nullité quand ce n’est pas son physique, son âge, sa paire de lunettes ou, mieux, ses origines). Cette personne fait peur à une pléthore de gens et beaucoup de coups bas lui seront infligés dans les prochaines semaines, prochains mois que durera la campagne présidentielle.

Alors est-ce à dire qu’Eva Joly était une erreur de casting, un mauvais lot tiré des urnes lors de la primaire écologique des Verts ? Je ne suis encartée nulle part, mais j’ai du respect pour Nicolas Hulot que je crois parfaitement sincère, intègre et porteur d’une authentique écologie humaniste – tant il est vrai que, pour l’électorat du centre droit, l’hypothèse d’un tandem Borloo-Hulot avait belle allure. Mais c’est bien ce rapprochement avec l’ancien ministre qui a, en partie, suscité le rejet chez les Verts les plus militants (d’aucuns diraient les plus “sectaires”, parce farouchement “anti-nucléaire”) ; là où les modérés, quant à eux, qui s’étaient engagés à le soutenir, se sont curieusement dérobés, le laissant ainsi esseulé, et finalement défait). Le plus surprenant, c’est que, sondages à l’appui, Hulot était donné vainqueur haut la main face à sa concurrente !

Je crois Eva Joly capable, contrairement à ceux qui s’évertuent à la mésestimer à l’envi, de recréer la même surprise à la présidentielle qu’à la primaire des Verts. Et n’en déplaise aux électeurs des deux grands partis de France, Eva Joly s’avèrera une concurrente de taille, tant pour l’UMP que pour le PS. Les magouilles politiciennes et les arrangements occultes de ces dernières années ont insufflé à de nombreux Français, au-delà du strict rejet des politiques, une exigence d’intégrité et de probité intellectuelle plus accrue qu’avant… ce dont je ne puis que me féliciter, puisque ce sont ces qualités qu’incarne Eva Joly (plus que tout autre personnalité politique de ce pays). En espérant qu’elle parviendra à esquiver les nombreux travers et perversions inhérents à toute campagne présidentielle (combien il n’est pas bon d’être femme, par exemple, et encore moins d’origine étrangère). Je reste convaincue que son intégrité, son courage et sa force de conviction seront, un jour, reconnues et appréciées à sa juste valeur, y compris par ses propres adversaires en politique… Bon courage à elle !

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