Figures d’Eurydice

13 mai 2012

Il y a l’Art parce que cette brûlure n’est jamais une fois pour toutes achevée. Comme l’amour d’un homme pour une femme, si belle, si coquette soit-elle, y compris avec des bigoudis ! La Femme, rêvée, mais disparue (dans un rêve, un jour, une nuit) c’est Eurydice, l’Invisible, celle qui se révèle – au moment où naît l’inspiration. Toute brûlure de la sorte est dédiée à Eurydice, la muse “sacrifiée”, foudroyée par le regard de cet Orphée qui, d’après le mythe, tenta d’en révéler l’invisibilité. La passion nous oblige à regarder de près cette apocalypse, à nous mesurer à cette révélation, à en supporter l’intensité : la passion est vivante quand Eurydice l’est aussi…

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Derrière Autumn Whispers, groupe norvégien au nom très poétique, se cachent Kostas Stefanopoulos et Tirill Mohn, figures attachantes d’une musique qui aime entretenir des accointances avec le Prog Rock et la folk britannique des années 70. Un choeur flottant, rêveur et lyrique à deux voix qui, au fil des expériences, personnelles ou collectives, dans les environs d’Oslo, a conduit leur musique vers une brume discrètement colorée, accélérant ainsi le tempo et les battements de coeur grâce à de sublimes mélodies, tantôt vacillantes, tantôt évanescentes. Titre tiré de “Cry of Dereliction vol. I”, un premier album très réussi, enrichi d’un graphisme savamment travaillé…

The Dreamer

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Voici un quintette (en fait, un trio à l’origine) que dirige Emma Salokoski, une brillante artiste finlandaise, douée d’une voix caressante et très lumineuse (également membre d’autres formations, comme “Quintessence” et “Q-Continuum”). Son style musical, enraciné autant dans le jazz, la soul que dans la pop, allie à merveille l’essence et les saveurs tropicales, particulièrement la bossa nova, à l’esthétique folklorique traditionnelle finlandaise. Celles et ceux qui ont vu “Keisarikunta”, comédie fraîche et récréative, sortie en 2004, la reconnaitront sans doute dans le rôle de “Liisa”…

Veden Alla

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Un talent en pleine éclosion, des débuts remarquables et prometteurs. Certes, cette jeune pousse a de qui tenir. Mais indépendamment de qui elle est la fille (Lillebjørn Nilsen), Siri Nilsen a su trouver sa propre musicalité, la faisant désormais apparaître comme l’une des artistes norvégiennes les plus passionnantes du moment : une atmosphère mélancolique, calme et tamisée, des mélodies discrètes et des textes très travaillés, une signature vocale teintée d’innocence, de délicatesse et de légèreté. Sans oublier ce ukulélé qui ne semble plus la quitter. Une expérience d’écoute aussi variée que stimulante et dont voici un exemple, tiré de son second album…

Alle Snakker Sant

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Contrairement à sa compatriote et amie Ane Brun, le nom de Rebekka Karijord reste peu connu en France, pourtant elle recèle de multiples talents, notamment celui de combiner une pop pure à des mélodies plus sinueuses. Sa voix délicate, douce et puissante promeut des ballades magnifiques d’une poignante intensité sur les expériences les plus sombres de l’amour et de la vie. L’instrumentation est, comme souvent, minimaliste, grâce à un piano mélancolique et des percussions délicatement brossées sur lesquels s’émeuvent les riches qualités d’un chant expressif dont la fragilité n’a d’égale que la tristesse des paroles…

Wear It Like A Crown

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Of Monsters And Men est un groupe islandais, fondé en 2010 par Nanna Bryndís Hilmarsdóttir (la fille au chapeau que l’on voit dans la vidéo). Essentiellement acoustique, par son mélange de folk et de rock, il n’est pas sans rappeler “Edward Sharpe & The Magnetic Zeros” et “The Arcade Fire”. Les 6 membres de cette formation, comme son nom l’indique, témoignent d’un vif intérêt pour le mythe (plus attrayant et inspirant, selon eux, que la réalité elle-même). C’est dans la richesse du patrimoine islandais qu’ils puisent leur inspiration. Des chansons imprégnées de fables et de récits épiques qui, tantôt narrent de périlleuses traversées en mer, aux prises avec des créatures mystérieuses, tantôt évoquent l’imminence de l’apocalypse, la force du destin et la puissance de la nature. Un charme unique et un talent indéniable : des excentricités à coeur ouvert d’où découle une joie débridée, idéale en ces jours de printemps…

Lakehouse

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Hanna Baummann reste encore inconnue des labels et des organisateurs de festivals. Aucun album, mais de nombreux démos à son actif qui laissent entendre qu’elle mûrit son style, patiemment. Une aventure solitaire dotée d’une fraîcheur revigorante par laquelle s’égrainent des mélodies limpides, graves, servies sur des rythmiques et une harmonie vocale qui rappellent un peu Imogen Heap. Voici un titre en suédois, une chanson légèrement hivernale, qui nous convie à une promenade sur les chemins d’un clair-obscur mêlant simplicité et force émotive…

Skammen

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Anekdoten, groupe majeur de la scène Prog Rock. Un superbe quatuor suédois, capable de produire une musique d’une rare intensité, d’une énergie extrême, dans la lignée de King Crimson (dont l’ influence est clairement revendiquée). Le titre que voici, extrait de la compilation “Chapters”, tire sa force instrumentale du mellotron qui, non seulement de créer une ambiance vaporeuse et luxuriante, maintient une tension merveilleusement mélancolique. Un très beau chant, émotif, mélodieux, d’une beauté sombre et atmosphérique…

When I Turn

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Elégant, raffiné et minimaliste, voilà en quelques adjectifs ce que m’inspire Jonathan Johansson, auteur-compositeur et interprète suédois originaire de Malmö. Un garçon que j’aime beaucoup, pour sa voix douce, expressive qu’il sait marier à des mélodies accrocheuses et très scintillantes, comme en témoigne ce titre extrait de sa troisième et somptueuse livraison, “Klagomuren”…

Stockholm

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Un zeste de fraîcheur et de jeunesse avec First Aid Kit, deux soeurs suédoises aux yeux de biche, Klara et Johanna Söderberg. L’une chante avec un léger zézaiement et des voyelles alanguies tandis que l’autre dénote quelque chose de plus sombre et plus lourd dans ses harmonies, un sens de la mélancolie presque à l’image de celle du grand Hjalmar Söderberg (leur homonyme du XIX° siècle, à la fois poète et romancier). Des chansons errantes, voire obsédantes, d’une tristesse douce, aux harmonies déchirantes, qui allient bien l’émotion de leurs cordes vocales avec une folk lunatique très pastorale. Exemple, ce clin d’oeil à Emmylou Harris…

Emmylou

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Encore relativement inconnue, cette Norvégienne est pourtant l’une des nombreuses et plus intéressantes voix de la scène scandinave du moment. “The Brothel”, son second album, est d’une créativité à couper le souffle, dans lequel arrangements de cordes, musique électronique, piano et guitare déploient un paysage de rêve, assez sombre, avec des morceaux délicats et angéliques, portés tout au long par le chant expressif de Susanne Sundfør : une voix fantastique, d’une grande beauté dramatique…

The Brothel

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L’une des artistes les plus vibrantes de la scène musicale norvégienne, j’ai nommé Kristin Asbjørnsen. Sa musique est une fascinante et intense exploration des vieux hymnes afro-américains (gospel et negro spirituals). Des compositions d’amour passionnées, centrées sur un travail complexe de rythmiques instrumentales et d’ambiances variées, très enjouées, mettant bien en valeur le souffle prenant et rauque de sa voix : un style vocal sensuel d’une énergie fougueuse, lumineuse qui fait toujours forte impression. Un indéniable tempérament…

I Waited So Long

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Voici ce qu’il est possible de faire avec un violoncelle électrique, un ukulélé, une table de mixage et une voix très apaisante : une reprise très réussie du fameux morceau de Kavinsky qui ouvre “Drive”, le film de Nicolas Winding Refn, sorti l’an dernier. C’est ce qu’a fait l’Islandaise Hildur Kristín Stefánsdóttir (membre du groupe Rökkurró) à travers son projet solo Lily and Fox

Nightcall (Kavinsky Cover)

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Quelques inhalations sonores faites de calme, de douceur et de solitude avec cette ballade acoustique norvégienne de Nàttsòl qui nous convie à une promenade dans la pénombre brumeuse. Un très bel hymne avec guitare, flûte et voix féminine (celle d’Anette Gulbrandsen), centré autour des sentiments relatifs à une nature enchanteresse et à l’atmosphère mystique qui nous unit à elle…

Ved Hav I Avdagsleitet

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Voici Machine Birds, un très beau duo originaire de Bergen, sans doute l’un des groupes les plus hypnotiques de la scène électro du moment, en Norvège. S’inscrivant dans le sillage de “This Mortal Coil” et de “Cocteau Twins”, les synthétiseurs de Marte Eberson et le chant sobre et dramatique de Maria Skranes aiment à dessiner des paysages sonores et des effets de boucles flottants, plus que jamais teintés de cet étrange mélange de mélancolie et d’obscurité…

Time

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And the last but not least… l’excellente Fredrika Stahl, bien connue pour être la plus francophone et francophile de toutes les artistes suédoises. Déjà 3 albums à son actif, avec des compositions élégantes et rêveuses, alliant pop et jazz avec une texture vocale délicate, cristalline et reconnaissable entre toutes. Comme en témoigne ce sublime titre dont elle a signé les paroles. Un très bel hommage à la langue française, soit dit en passant…

Pourquoi Pas Moi ?

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