Jenny Almsenius en ballades
12 mars 2012
Difficile de ne pas tomber à la renverse à l’écoute du premier album de Jenny Almsenius, jeune artiste suédoise (originaire de Varberg, native de Göteborg en 1984), une fille très douée qui a l’harmonica pour instrument de prédilection. Une voix merveilleuse, chaude et bleutée dans ses tons, tout aussi capable de rudesse et d’énergie tempétueuse dans ses plus fortes expressions.
Certes, elle n’est pas très connue, mais Jenny Linnéa Carola Almsenius, 28 ans, commence à se faire un petit nom dans le paysage musical suédois, danois et norvégien grâce aux nombreuses tournées qu’elle entame sans relâche depuis maintenant 6 ans : elle arrive à vivre de son métier de troubadour depuis qu’elle en a 22, ce que peu de gens croyaient possible au départ (au vu des nombreuses galères et autres difficultés qu’elle a rencontrées à certains moments), mais cela valait la peine d’être engagé, surtout quand on voit le résultat qui en découle.
A dire vrai, il existe peu de disques avec des paroles en suédois de ce genre. Onze chansons ou petites histoires complémentaires qui confinent tantôt vers le rire, les larmes et le tragi-comique. Onze compositions trouvant leur inspiration chez celles et ceux qui ont grandement contribué à son épanouissement artistique : Tom Waits, Marie Bergman, Lisa Ekdahl, Monica Zetterlund (1937-2005) et Cornelis Vreeswijk (1937-1987) – ce dernier, étant, au cas où vous ne le connaîtriez pas, le barbu à la guitare que l’on voit sur la photo ci-dessus, en portrait encadré -, sans omettre le nom de celui qu’elle considère comme son véritable mentor, Torsten Föllinger, qu’elle a rencontré quand elle avait 19 ans (mort en 2010, c’était un ancien acteur, ayant notamment joué aux côtés d’Allan Edwall, devenu par après un pédagogue réputé).
Ce disque, sorti en 2010, “Sånt Som Brinner“, se révèle un mélange un peu spécial de blues et de ballades, à la fois terre à terre, réalistes, poétiques, graves et parfois même très drôles, mais surtout plein de joie de vivre et d’empathie. Tous les textes qu’il contient sont exclusivement écrits en suédois, et traitent (dans le fond) de sujets quotidiens, d’expériences personnelles, de situations et d’émotions que la plupart d’entre nous avons certainement dû, ne fût-ce qu’une seule fois dans sa vie, éprouver ou endurer d’une manière ou d’une autre. Comme dans ce morceau de l’album, par exemple, intitulé ”Söt som socker” (“doux comme du sucre”), souvent présenté sur scène sous la forme d’un spectacle pour enfants, mais qui dévoile un texte assez sombre sur le thème de la violence domestique (Jenny Almsenius accorde beaucoup de place aux enfants blessés, aux “accidentés de la société”). Le contraste entre la forme et le contenu de cet album est, comme très souvent chez Jenny, impitoyablement efficace et digne d’être révélé (raison pour laquelle j’ai décidé de lui consacrer ce billet).
Sa forte présence scénique, sa musicalité sensible, la passion et la joie qui animent ses récits font plus que jamais d’elle, à mes yeux, la fine fleur de ce qui existe dans la musique suédoise. N’hésitez pas à aller l’entendre sur scène et à vous imprégner du même coup de la vieille tradition des ballades suédoises si, d’aventures, vous vous promenez quelque part en Scandinavie : vous serez séduits par son authentique charisme, ce mélange fascinant d’auto-dérision et de sex-appeal… Une “charmante écervelée” comme elle se décrit elle-même.

