D’où vient que l’Islande, petite île isolée dans l’Atlantique Nord, avec une population qui n’excède guère les 320 000 habitants, parvient à produire tant de musiciens talentueux ? cette éclosion tient-elle au vent glacial de l’Atlantique ?

Ce que j’apprécie chez Ólöf Arnalds, c’est que cette jeune femme ne cherche pas à compromettre ses principes dans le but de casser les charts. Auteur-compositeur-interprète née en 1980, cette Islandaise est la cousine d’Ólafur Arnalds. Certes, Ólöf Arnalds n’est pas une jeune venue sur la scène musicale (elle est une ex-membre de “Múm“), mais le nom de cette créature féérique reste encore à découvrir. En outre, elle s’est fait connaître en 2007 par un premier album, bien accueilli, “Við Og Við“, nommé “album de l’année” dans son pays.

Forte de ce succès, elle n’a pas souhaité se reposer sur ses lauriers. Preuve, la livraison de son second album “Innundir Skinni“, en 2010, produit par une des figures tutélaires de”Sigur Rós“, Kjartan Sveinsson. Un disque qui s’ouvre sur des intentions profondément nordiques : des couplets chantés essentiellement en islandais, évoquant des images de paysages émeraudes, comme si la voix d’Ólöf Arnalds avait été conçue pour accompagner le récit d’un conte de fées.

A l’instar de son précédent album, la grande majorité des chansons sont y interprétées dans sa langue maternelle (trois titres seulement sont en anglais), lesquelles mettent bien en évidence la perspicacité et les acquis hérités de ses années de formation à l’Iceland Academy of the Arts (composition, violon et chant classique). Loin de déconcerter celles et ceux qui ne connaitraient pas la langue, ces chansons semblent justement avoir été étudiées pour hisser la musique à un niveau bien plus supérieur en terme de compréhension (beaucoup de ses chansons font état de sujets intimes et personnels, telle la mort de son père).

L’album s’ouvre sur “Vinur Minn” : une intro a cappella, très mélodique, avec Ólöf Arnalds pour seule récitante. Ce qui commence comme une chanson folklorique et enchanteresse, avec un doux accompagnement acoustique à la guitare (intriguant l’auditeur sur ce qui va suivre), donne lieu à une extase pleine de joie avec des “La La ♫ La La ♫ La La ” très vite soutenus par un choeur, une section rythmique et un très beau mélange de cordes. Le ton est ainsi donné, sans doute le point culminant de la dynamique de cet album. Des chansons intimistes et folkloriques, le plus souvent dotées d’un support instrumental complexe et minimal, ainsi que des harmonies simples qui jamais ne se révèlent intrusives ou trop ostentatoires pour l’expression émotionnelle elle-même.

Mais c’est sa voix – si caractéristique – qui captive le plus : croquante, précise (du fait de sa formation classique), mais aussi enjouée (grâce à ses influences indie). Dans “Surrender“, la voix d’Ólöf Arnalds se fait entendre dans son état le plus naturel et s’adjoint même les intonations plaintives de sa compatriote Björk qui ne fait pas montre ici de sa puissance vocale ordinaire mais d’une fragilité magnifique, tandis que l’utilisation subtile et délicate des cordes ajoutent à ce duo une ambiance divinement éthérée. Ce ton mystérieux et angélique évolue sur chaque titre (tour à tour unique), comme pour faire planer le soupir, si intime, de l’air qui s’émeut à la lueur du ciel des pays nordiques. A mesure que l’album progresse, on sent triompher des similitudes avec la harpiste islandaise Joanna Newsom, notamment dans le titre “Vinkonur“. “Crazy Car“, quant à lui, est un duo feutré avec Ragnar Kjartansson. Sa voix, rustique et sans fioritures, est accompagnée d’une guitare pour offrir une superbe toile de fond à son monde féérique. Céleste !

Ólöf Arnalds, dès lors qu’elle passe à l’anglais, ajoute une touche de magie, notamment sur une berceuse délicate comme “Jonathan. D’autres titres valent également le coup d’être mentionnés : “Madrid“, par exemple, qui mêle l’énonciation crémeuse de la langue islandaise à une guitare acoustique très discrète et des harmonisations vocales ondulantes. Le tempo de ses chansons est souvent lent mais régulier, avec une qualité qui augmente graduellement en profondeur.

Qu’elle gratte les cordes d’une guitare ou d’un charango (il s’agit d’un instrument à 10 cordes d’origine sud-américaine) pour accompagner sa voix rauque, spectrale et aérienne, Ólöf Arnalds nous saisit et nous entraîne pour une grande évasion vers des contrées magiques. L’enregistrement brille du fait que la respiration y soit rendue avec subtilité, et que son auteur ait su capturer l’ambiance de son pays natal.

Un album exaltant et envoûtant, plein de surprises du début à la fin, un ouvrage dépouillé de tout le faste et le glamour que nous entendons dans la plupart des albums qui sont édités aujourd’hui. Qui plus est, un ouvrage parfait pour se détendre, à l’image d’une mère berçant son enfant. “Innundir Skinni” n’est rien de moins que le témoignage d’une artiste charismatique et très accomplie, justement écrit et enregistré après la naissance de son enfant. Une présence dont la musique – une fois le disque terminé – laisse encore planer un silence envoûtant…

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