Chères lectrices, chers lecteurs, visiteurs coutumiers ou simples égaré(e)s, avez-vous déjà entendu parler de Hilde Marie Kjersem ? Originaire d’Ålesund, sur la côte centre-ouest de la Norvège, cette jeune et brillante auteur-compositeur-interprète (issue d’une fratrie de huit frères et soeurs) a étudié le jazz à l’Académie norvégienne de musique d’Oslo et cite David Lynch et Tim Burton comme faisant partie de ses inspirations les plus influentes. D’un point de vue vocal, écoutez-la et vous constaterez peut-être qu’elle n’est pas sans rappeler Annie Lennox ou quelqu’un comme Julianne Regan du groupe “All About Eve”.

Un charme naïf ouvre son superbe disque “A Killer For That Ache” et dévoile onze chansons qui démontrent toute sa richesse d’idées ainsi que l’étendue de son champ d’application à pouvoir allier la puissance avec la plus grande subtilité. Une voix évocatrice, formée au jazz, malléable, douce, chaude et majestueuse, qui glisse Kjersem dans des tonalités beaucoup plus mélancoliques (peu caractéristique, toutefois, des pays nordiques). Cette douleur trouve son errance à travers une composition éthérée et un peu hantée, “Marie Antoinette” : un délice fait d’harmonies superposées, se mouvant à l’envi entre le support scintillant d’un synthétiseur analogique et une lente rythmique battante pleine de tension et d’atmosphère éthérée. Hilde Marie Kjersem, une voix délicate à la beauté feutrée et au teint très dépouillé.

Il se trouve que l’on célèbre aujourd’hui le 70ème anniversaire de la disparition tragique de Stefan Zweig (1881-1942) et parmi les chefs-d’oeuvre que ce génie de la littérature du XX° siècle nous aura légués il s’en trouve un qui conserve ma préférence depuis mes frêles années adolescentes : un de ceux qui dévoilent combien cet auteur prolixe s’avérait aussi un remarquable historien en même temps qu’un brillant conteur. Cet ouvrage en question n’est autre que la biographie qu’il a consacrée à une figure mythique, l’une des reines de France les plus controversées et haïes : Marie-Antoinette. Des plaisirs intimes et extravagants de ses premières années au Trianon à celles, d’abord maigres puis humiliantes et confinant jusqu’à à la souffrance publique et à un final tragique sous le poids du malheur et de l’Histoire (l’arrestation à Varennes, la Conciergerie, le procès, la guillotine), en passant par le récit de ses frustrations dans la chambre du roi, sa liaison passionnée avec le comte suédois Axel de Fersen (notamment à travers une riche correspondance), les tumultes de la Révolution française et sa tournure chaotique sous l’angle de la Terreur, cette biographie est d’une lecture captivante, de la première à la dernière page. Est-il besoin de rappeler que Stefan Zweig lui-même était Autrichien ?

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.